Un prof, ça bosse dur !

bosser dur

Il y a les heures de cours, le temps de présence devant les élèves. C’est toujours celui-ci qui est brandi par les médias, l’opinion publique et certains politiques pour dire que les profs sont vraiment des glandeurs. Mais ce temps de présence, pour prenant et fatiguant qu’il soit, n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Une heure de cours, ça se prépare. Au début, on y passe un temps fou. On veut savoir quoi dire exactement, parer à toute éventualité. Avec l’expérience, ça prend un peu moins de temps : on sait plus ou moins à quoi s’attendre, on peut se permettre de synthétiser, on prend confiance en sa capacité à improviser devant une question inattendue. Néanmoins, il faut compter entre 30 et 120 minutes de préparation pour chaque heure de cours. Parce qu’aucune classe ne se ressemble et qu’il faut sans cesse adapter, réajuster, en fonction du public. On ne peut pas – si on veut ne pas être rapidement bordélisé – faire fi du niveau de la classe. Avec les plus performantes, il faut prévoir plus de documents. Avec les plus faibles, il faut prévoir différentes explications pour chaque donnée. Et toutes les nuances de l’entre-deux sont à explorer.

Outre la préparation, il y a les corrections. En la matière, les pratiques sont très diversifiées et dépendent des disciplines. Un prof de français corrige en moyenne 3 à 4 paquets par semaine, et chaque copie lui prend entre 5 à 30 minutes, selon le type de devoir, soit environ 20 heures pour la moyenne basse, par semaine, avec des périodes plus ou moins intenses. Un prof de SPC (sciences physiques et chimie) corrige deux à trois évaluations par trimestre. Mais il a alors 380 copies à corriger à chaque fois. A raison de 5 minutes par copie, cela fait tout de même 31 heures.

Depuis la modification du temps de travail des enseignants, survenue en 2014 à travers un nouveau décret, il a été convenu qu’une heure devant élève « coûtait » à l’enseignant une heure hors présence des élèves. Autrement dit, pour 18 heures de cours hebdomadaires, l’enseignant travaille 36 heures. Auparavant, le précédent décret (de 1950) décomptait plus de temps de préparation et de correction. Mais désormais les tâches annexes, telles que les rencontres avec les parents ou les réunions pédagogiques, sont prises en compte.

Quoi qu’il en soit, tu as bien lu : pour 18 heures de cours (service obligatoire d’un certifié, sauf en EPS ou arts plastiques, ou cela monte à 20 h) tu vas travailler au minimum 36 heures. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le législateur. Certains politiques continuent cependant à hurler avec les loups et veulent nous faire travailler davantage…

Evidemment, des disparités existent : selon que l’on est plus ou moins rapide, plus ou moins perfectionniste, plus ou moins investi, ce temps de travail peut varier du simple au double. Certains profs n’organisent rien, font des copiés-collés de leurs cours d’une année sur l’autre, d’une classe à l’autre, fuient les parents, bâclent leurs corrections, ne s’investissent dans aucun projet collectif et ne lisent jamais un ouvrage de pédagogie. Mais ils sont rares, très rares. Si tu choisis cette voie, tu seras très vite mis au ban de la société éducative, sache-le. Car malgré l’effrayante réputation qui leur colle à la peau, les profs bossent, dans leur grande majorité, énormément. Et ils voient d’un mauvais œil ceux qui touchent le même salaire sans faire aucun effort. Pis : ils méprisent ceux qui ont choisi ce métier pour de mauvaises raisons et ne s’investissent pas corps et âme pour leurs élèves.

Voici ce qu’on peut lire sur le site du ministère, en date de juillet 2013 : « Le temps de travail des enseignants varie selon leur corps d’appartenance : les professeurs certifiés déclarent 43 heures de travail hebdomadaire, les professeurs agrégés et les professeurs de lycée professionnel 39 heures, les professeurs d’éducation physique et sportive 37 heures 30. Il varie très peu en fonction de la discipline d’enseignement.

À une heure d’enseignement correspond en moyenne une heure de travail en dehors de la présence des élèves. Cette répartition varie cependant selon les corps : les professeurs de lycée professionnel et les professeurs d’éducation physique et sportive passent davantage de temps avec leurs élèves, tandis que les professeurs agrégés et certifiés consacrent plus de temps aux activités pédagogiques.

Les déclarations de temps de travail varient presque du simple au double. Les plus jeunes enseignants déclarent travailler plus de 45 heures par semaine ; cet investissement important en début de carrière marque le coût d’entrée dans le métier. Entre 30 et 40 ans, le temps de travail des enseignants tend à diminuer, surtout chez les femmes, accompagnant la présence de jeunes enfants dans leur ménage. Il croît à nouveau chez les professeurs les plus chevronnés, qui exercent plus souvent en lycée et dans des classes à examen.

Les enseignants déclarent travailler en moyenne plus de 18 jours pendant leurs congés, à raison d’un jour et demi pendant chaque période de vacances et de 8 jours pendant les grandes vacances. Le nombre de jours passés à travailler pendant les congés diminue avec l’âge des enseignants : plus de 25 jours pour les plus jeunes, autour de 21 jours pour les 30-34 ans et moins de 20 jours pour les autres
. »

Ce que ne précise pas cette allocution, c’est que les « jour de travail » sont à compter au sens propre, soit 24 heures. « Un jour et demi pour chaque période de congé » est donc à comprendre comme 36 heures de travail. Soyons précis.

En toute honnêteté, si on met tout bout à bout, un prof consciencieux travaille en moyenne 40 heures par semaine, et environ la moitié des petites vacances. Il consacre environ deux semaines de ses congés estivaux à son emploi. Encore une fois, les variables sont très importantes : entre un prof qui n’a que des 6e et un autre de classe préparatoire aux grandes écoles, la charge de travail n’est pas la même, c’est évident (même si les profs de 6e travaillent beaucoup aussi !).

Toutefois, malgré ces disparités qui peuvent être énormes, il faut bien comprendre qu’au bout du compte, le prof est presque toujours exténué. Parce que l’énergie débordante des 6e n’a rien à voir avec celle des élèves studieux qui ont à cœur de réussir un concours. Parce qu’enseigner dans un lycée de centre-ville demande plus de rigueur dans les préparations et les interactions, mais qu’un collège de REP + est épuisant sur le plan nerveux. Il y a des avantages et des inconvénients dans chaque type de poste ou d’établissement. Si on passe moins de temps à préparer et à corriger, c’est qu’on a affaire à des élèves au potentiel perturbateur élevé. Si on doit peaufiner ses cours pour en faire des chefs d’œuvre de didactique, c’est qu’on a devant soi des élèves aptes à comprendre la pensée complexe. Autrement dit, quel que soit le cas de figure, ça bosse dur. Les tensions se répartissent différemment, c’est tout.

Donc, autant te prévenir tout de suite : si tu es feignasse ascendant poil dans la main, passe ton chemin. Ce métier n’est pas fait pour toi.

Pour finir sur ce chapitre, voici quelques liens qui pourront te montrer que l’enseignement n’est pas cet eldorado de fainéants que pointent du doigts tous les ignorants de notre douce France :

http://m.slate.fr/story/126464/temps-travail-profs

https://www.lesechos.fr/18/10/2016/lesechos.fr/0211404829136_quel-est-le-veritable-temps-de-travail-des-enseignants–.htm

http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/11/16/temps-de-travail-des-enseignants-derriere-les-fantasmes_1791478_823448.html

http://www.lexpress.fr/education/salaires-et-horaires-une-vie-de-prof-a-la-loupe_1535787.html

http://www.20minutes.fr/societe/1944999-20161018-profs-travaillent-six-mois-annee-comme-declare-sarkozy

http://cache.media.education.gouv.fr/file/2013/46/4/DEPP_NI_2013_13_temps_travail_enseignants_second_degre_public_2010_260464.pdf

http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=87302

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