La reconversion

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Il y a deux catégories de profs qui pensent à la reconversion : ceux qui viennent d’entrer dans le métier (et qui tombent de haut) et ceux qui y sont depuis trop longtemps (plus de 15 ans). Si on passe la barre des deux premières années, les suivantes sont en général agréables car on y découvre (enfin) tous les aspects gratifiants et intéressants de la profession (car oui, il y en a, et plein !).

Mais il n’est pas rare que, après 15 ou 20 ans, le prof soit usé et n’en puisse plus de plein de choses (au choix : la routine, le niveau de ses élèves, de faire le flic, de sa hiérarchie, des copies à corriger, du manque de reconnaissance de ses efforts, de payer ses billets d’avion au prix fort, de parler dans le vide, de gagner peu, et j’en passe. Ça peut aussi être tout ça en même temps). Vient alors l’idée de se reconvertir.

En théorie, c’est possible. Il existe au sein de chaque rectorat un conseiller mobilité, avec lequel on peut prendre rendez-vous et lui confier notre envie de voir ailleurs. Il est censé nous donner des pistes. Dans les faits, même si ce n’est pas impossible, ce n’est pas chose aisée. Ceci pour plusieurs raisons :

  • Quand on démissionne de l’Education Nationale, on n’a pas droit au chômage (comme pour toute démission) sauf pour certains cas très particuliers. A moins d’avoir un bon pécule de côté (ce qui est difficile vu nos payes mirobolantes), ou un conjoint dont le salaire peut assurer la transition, c’est donc compliqué de rebondir.
  • C’est pourquoi le conseiller mobilité propose d’autres types de reconversion que la démission pure et simple : le détachement (dans un autre ministère), le changement de corps (par exemple devenir professeur des écoles), le changement de discipline (passer de prof de français à prof d’anglais par exemple), ou encore les autres concours de la fonction publique. Il va notamment suggérer de passer le concours de personnel de direction ou d’inspecteur, mais si on a des compétences spécifiques (comme une licence de droit), il peut aussi proposer un concours comme celui de la magistrature. Par ailleurs des postes sont accessibles par voie interne sur le site de la BIEP (Bourse Interministérielle de l’emploi public).
  • En ce qui concerne les formations, plus que souvent nécessaires quand on souhaite se reconvertir, il faut savoir que le congé formation met entre 4 et 6 années pour être obtenu (ça dépend des académies). Entre le moment où l’on décide de se reconvertir, celui où l’on trouve dans quelle branche (hors concours de la fonction publique) et le moment où l’on obtient enfin le congé de formation tant attendu, il peut donc se passer une petite dizaine d’années. C’est assez décourageant. Certes, nous avons, comme tous les salariés, droit au CPF (Compte personnel de Formation) mais il se remplit plus que très (très) lentement.

De plus, tu n’obtiendras un congé de formation rémunéré (à 80 %) que si ta formation est en lien avec ton boulot de prof (pour passer l’Agrégation ou faire un master en sciences de l’éducation, par exemple). Si tel n’est pas le cas, tu peux obtenir le congé, mais sans aucune rémunération. Et comme tu n’as pas le droit de travailler pendant ton congé de formation, tu as intérêt à avoir hérité de ta grand-mère.

  • De ce fait, la plupart des profs qui veulent se reconvertir demandent une disponibilité « pour convenances personnelles » ou « pour création d’entreprise ». Attention : elles sont de moins en moins accordées, nécessités de service obligent (autrement dit, on manque déjà de profs devant les classes, on ne va pas en plus permettre à ceux qui sont engagés d’aller baguenauder). Si tu obtiens cette disponibilité, tu ne toucheras pas un sou, tu perdras ton poste et tous tes points pour la mutation, bref, tu repartiras de zéro (sauf pour l’ancienneté) si ton projet de reconversion n’aboutit pas. C’est donc risqué. Mais si tu es sûr de ton coup, c’est une bonne manière de garder un filet de sécurité (en cas d’échec, tu retrouves ton boulot de prof) tout en s’essayant à autre chose. Dans ce cas de figure, tu as en effet le droit d’être salarié dans une entreprise ou de créer ta boîte.

Dans les faits, beaucoup de profs qui se reconvertissent commencent pas demander une autorisation d’exercer une activité secondaire, en tant qu’auto-entrepreneur (micro-entreprise). C’est très réglementé. Si ça n’a pas encore changé, tu as le droit d’exercer cette autre activité pendant deux ans, si ta hiérarchie t’y a autorisé (demande à ton principal/proviseur, qui fera un courrier au Recteur). Au bout des deux ans, tu dois soit renoncer à cette activité, soit démissionner. Autre aspect à prendre en compte : pendant ces deux ans, les revenus liés à cette autre activité ne doivent pas dépasser 50 % des revenus que tu touches de la part de ton employeur principal (Education nationale ou enseignement privé). Et ils sont plafonnés. Enfin, depuis 2016, tu n’as plus le droit d’être fonctionnaire à temps plein et auto-entrepreneur. Tu dois donc obligatoirement obtenir un temps partiel avant de lancer ton activité en auto-entrepreneur. Tous les détails sont ici. Et d’autres infos ici.

En théorie, tu peux aussi bénéficier d’une Indemnité de Départ Volontaire (IDV) pour créer ou reprendre une entreprise (sauf si tu es à 5 ans ou moins de la retraite, ou que tu dois encore trois années de service après l’obtention d’un congé de formation rémunéré). Cette IDV ne peut être demandée qu’après une demande de démission. D’après les échos que j’en ai, les démissions ne sont pas forcément acceptées (non, tu ne rêves pas), et les IDV sont de plus en plus difficiles à percevoir. Mieux vaut donc ne pas trop compter dessus, mais quand même tenter sa chance. Toutes les infos sont ici : http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=112280

Tu l’auras compris, se reconvertir n’est pas simple quand on est prof. Mais ce n’est pas mission impossible non plus. Dans la mesure où tu ne peux pas compter sur le chômage (revers de la sécurité de l’emploi), le plus judicieux est encore de 1) faire une formation à distance (elles sont de plus en plus nombreuses) qui te permettent d’obtenir une validation de nouvelles compétences 2) postuler sur d’autres emplois et attendre une promesse d’embauche solide avant de donner ta démission (préavis obligatoire de trois mois minimum) 3) reprendre ou créer une entreprise en ayant de quoi voir venir sur plusieurs mois, voire davantage.

Si tu n’as pas envie de lâcher la proie pour l’ombre, tu as aussi la possibilité de modifier ta vie professionnelle de plusieurs autres façons, tout en restant dans l’Enseignement et/ou le système scolaire.

Pour toutes ces options, tu trouveras toutes les infos utiles sur les liens suivants :

Enfin, si tu es en souffrance dans ton travail, tu peux lire ce document édité par le syndicat du SNALC, qui te permettra peut-être de comprendre que tu n’es pas le seul : https://snalc.fr/uploads/documents/national/82b990e6b3babef1daf3bf95fbe76ffe7edb1dbe.pdf

Il existe par ailleurs une association qui peut t’aider à réussir ta reconversion :  https://www.apresprof.org/

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