Les mutations

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Les mutations constituent une très grande préoccupation chez les profs. Dès le mois de mars, on les voit, fébriles, commencer à comptabiliser leurs points de barèmes et à lire la presse syndicale pour voir s’ils ont une chance de trouver le Graal : un établissement sympa pas trop loin de chez eux.

Pour le moment, le système de mutation, même s’il a évolué, reste à la fois très archaïque (longtemps que ça fonctionne comme ça) et très complexe (voir plus bas). C’est un système de points. Plus tu as de points, plus facilement tu peux obtenir un poste là où tu veux. Mais ne crois pas que ces points soient liés d’une quelconque façon à ton investissement et ton dévouement. Rien à voir avec le mérite !

Quand tu démarres dans la carrière, tu as une vingtaine de points (c’est différent dans le primaire, ne compare surtout pas). Par rapport à un prof proche de la retraite, tu as environ 1000 points d’écart. C’est la raison pour laquelle on trouve essentiellement de vieux profs dans les lycées côtés des grandes villes (les plus chers en points) et de jeunes profs inexpérimentés dans les collèges « chauds » des banlieues difficiles ou les coins les plus reculés de la Creuse (là où personne ne veut aller, et je n’ai rien contre la Creuse !). Donc, à moins d’être arrivé premier au concours (le rang au concours te donne un certain nombre de points), il y a de fortes chances pour que tu te retrouves au fin fond d’un trou perdu – et je n’ai rien contre les trous perdus – ou dans un établissement que tout le monde fuit dès qu’il le peut. Dès l’année suivante, tu auras un peu plus de points que les nouveaux arrivés, ce qui te permettra de postuler ailleurs avec quelques possibilités de réussite. C’est une des grandes contraintes de ce métier : tu ne travailles pas où tu veux avant de longues années. (sauf si tu es contractuel)

Les établissements les plus chers en points sont les lycées renommés. Mais avant d’y accéder, il faut déjà parvenir à entrer dans l’académie, puis dans le département de ton choix, et enfin dans la commune que tu vises. Pour te donner un exemple concret, voici l’exemple de Maxime (personnage fictif mais très réaliste) : Maxime est originaire du Sud-Ouest. Son Capes en poche, il participe obligatoirement au « mouvement » (ça s’appelle comme ça dans notre jargon). Il se retrouve à Dunkerque, en tant que TZR (Titulaire d’une zone de remplacement). Il a un poste à l’année (les remplacements de courte durée sont désormais effectués exclusivement par des contractuels). Il passe deux ans dans la grisaille (mais le soleil est dans le cœur des gens, ne cesse-t-on de lui répéter durant son séjour là-bas). Au bout de deux ans, grâce à son ancienneté de titulaire et d’un judicieux rapprochement de conjoint (il s’est pacsé avec sa copine qui travaille à Paris), il demande une mutation sur les académies de Versailles et Paris. Il sait qu’il a très peu de chance d’obtenir la seconde, mais il y a des gagnants au loto, alors pourquoi pas. Il est obligé de faire des vœux très larges, car il y a un système d’extension très dangereux, qui fait que des vœux mal agencés peuvent t’emmener très loin de ta destination initiale. Maxime a été conseillé par le syndicat et a donc suivi leurs recommandations pour se rapprocher de sa copine. Bingo, il est nommé à Trappes, dans l’académie de Versailles, en poste fixe, à une heure de train de Paris, dans les Yvelines. Ça aurait pu être pire, il aurait pu se retrouver tout au fond de l’académie. Il se doute bien que ce n’est pas un collège de tout repos, mais, vaillant et optimiste, Maxime se lance dans son nouveau poste avec la bravoure des jeunes chevaliers. Au bout de trois ans, épuisé par les sempiternels trajets en train et les facéties de ses élèves de REP, il se dit qu’il aimerait bien changer de crémerie. Il propose à sa copine de déménager dans le Sud-Ouest : le climat y est bien meilleur, on y trouve des logements pas trop chers et la qualité de vie y est plébiscitée. Et puis, ses copains et sa famille lui manquent… Conciliante et surtout indépendante dans son métier, sa copine acquiesce et les voilà tout heureux de ce nouveau projet de vie. Maxime demande donc, toujours optimiste, sa mutation pour l’académie de Bordeaux. Un an, deux ans, trois ans s’écoulent et Maxime est toujours à Trappes, de plus en plus épuisé (Quand on est en poste fixe, si on n’obtient pas la mutation demandée, on conserve en effet son poste). Chaque année, ses vœux se soldent par un échec. Il est recalé. Mais comme il accumule des points en faisant toujours la même demande, au bout de la 6e année d’exercice en région parisienne il bénéficie d’un double bonus : ses six ans en REP lui valent une bonification, et son vœu renouvelé quatre fois de suite aussi. Avec ses 8 ans d’ancienneté en plus, son escarcelle de points commence à avoir fière allure. Il obtient donc l’académie de Bordeaux. Tout heureux, il fête ça avec sa copine : champagne ! Mais il y a encore la phase intra à passer, c’est-à-dire les mutations à l’intérieur de l’académie, qui est assez vaste. Il aimerait obtenir un poste à Bordeaux centre, mais il sait qu’il est vain de croire au Père-Noël. Toujours conseillé par son syndicat, il calcule ses vœux au millimètre près afin de ne pas se retrouver dans la bourgade la plus reculée de Dordogne. Hélas, d’autres ont eu la même envie que lui (c’est fou ce que Bordeaux est devenue attractive ces dernières années…) et le voici à Marmande, dans le Lot-et-Garonne. Maxime et sa copine ne sautent pas de joie, mais bon, ils auront le soleil… Au bout de cinq années et deux enfants plus tard (qui donnent aussi des points), et de nouveau avec une bonification REP, Maxime peut enfin accéder au département tant convoité : la Gironde. Il lui faudra encore bien des années avant de pouvoir enfin obtenir le Saint des Saint, le poste tant espéré : un lycée de centre-ville. Il aura alors plus de 25 ans d’ancienneté.

L’exemple de Maxime est celui d’un parcours classique. Mais il y a d’autres stratégies possibles, comme rester 15 ans en REP + à Dunkerque sans jamais demander de mutation, et accumuler ainsi beaucoup de points pour atteindre directement l’établissement convoité. A chaque fois que l’on obtient une mutation, on perd tout le bénéfice des bonifications diverses (voir plus bas). Muter souvent n’est donc pas conseillé. Et c’est voulu : un prof qui reste assez longtemps dans un établissement, c’est de la valeur ajoutée pour ce dernier (suivi des élèves, investissement, etc).

Il existe ce qu’on appelle des « barres d’entrée » dans les académies, les départements, les communes, les établissements. Celles-ci correspondent au nombre de point détenus par le dernier entrant, c’est-à-dire celui/celle qui avait le moins de points quand il a obtenu satisfaction de son vœu académie/département/commune ou établissement. Les consulter (via les syndicats) est utile en ce sens que cela permet de savoir si la destination est très demandée ou non (et donc si on a ses chances, ou pas). Mais ce système est un peu pervers car parfois on ne postule pas sur une commune parce que la barre d’entrée y était faramineuse l’année précédente, et comme tout le monde raisonne comme ça, très peu de vœux sont formulés sur cette commune. Résultat : un jeune titulaire peut l’obtenir contre toute attente. Il faut donc à la fois la jouer prudente (du fait de l’extension appliquée aux vœux non satisfaits) et risquée (parce que 100 % des gagnants ont tenté leur chance). C’est une mécanique complexe, et mieux vaut être conseillé par un syndicat (et donc adhérent) si on veut avoir une chance d’enseigner là où on le souhaite.

De plus, tes chances de muter vont entièrement dépendre de ta discipline. En effet, dans les disciplines disposant de peu d’effectifs (comme l’éducation musicale, la SVT ou encore la technologie), les possibilités de mutation sont moindres par rapport aux disciplines ayant plus de personnels (maths, français, Histoire-géographie). Cela tient au nombre d’heures allouées chaque semaine à ta discipline. Par exemple, un prof de français a en moyenne 4 classes, parce qu’il les a chacune 3 à 4 heures. Alors qu’un prof d’arts plastiques à 18 classes (une heure par semaine en collège). Donc il y a moins de profs d’arts plastiques que de profs de français. Et donc moins de chance que quelqu’un libère la place que tu convoites.

Mais attention, enseigner dans des établissements prestigieux de centre-ville n’est pas toujours la panacée, ainsi qu’en témoigne cet article : http://www.slate.fr/story/83997/enseigner-chez-les-riches-pas-toujours-plus-simple-zep

Précisons que ce système de mutations n’est valable que pour les titulaires. Les contractuels, eux, n’y sont pas soumis puisqu’ils sont recrutés directement par le rectorat (ou l’établissement) et donc dans une zone géographique proche (tout est relatif) de leur domicile. Mais leur statut n’a rien d’enviable (rappelons qu’ils ne sont pas payés pendant les vacances scolaires, par exemple).

Un point important : avant même de passer le concours, ou dès l’obtention de celui-ci, passe ton permis de conduire. Ce ne sera en effet en aucun cas une justification suffisante pour ne pas te rendre sur ton affectation, quand bien même celle-ci se trouve à mille lieues de tout transport en commun. Notre Administration se trouve complètement sourde à ce genre de complaintes. Quitte à prendre un taxi matin et soir, tu dois te trouver à ton poste. Même chose si tu as trois heures de trajet par jour : ce n’est pas leur problème, tu te débrouilles (en clair, tu déménages). Seuls les contractuels peuvent se payer le luxe de refuser un poste parce qu’il est trop loin de chez eux. Pas les titulaires. Ce serait considéré comme une faute grave, qui pourrait te valoir de te faire virer. Avoue que ce serait dommage d’avoir fait tous ces efforts en vain. Donc : passe ton permis. Mais je te rassure si tu n’as pas encore les moyens de le faire : dans tous les établissements (notamment ruraux) se pratique couramment le co-voiturage : à proximité des grandes villes (50 kms max), tu trouveras des collègues qui, comme toi, préfèrent habiter dans la foule et les possibilités d’activités nocturnes. Renseigne-toi dès la rentrée auprès de tes collègues, n’hésite pas à afficher une annonce en salle des profs, et tu devrais trouver ton bonheur. Seul impact : tu devras composer avec l’emploi du temps des collègues concernés.

Le barème (le nombre de points dont tu disposes) est calculé selon de nombreux critères. Les voici :

  •  Barème fixe : ➤ 7 points par échelon détenu au 31/08/2017 ou au 01/09/2017 en cas de reclassement. Pour les personnels au 1er ou 2ème échelon, compter 14 points forfaitaire.
    ➤ 10 points par ancienneté de poste au 31/08/2018 majoré de 25 points par tranche de 4 ans.
  • Stagiaire ➤ 0,1 point pour le vœu correspondant à l’académie de stage ou celui correspondant à l’académie de passage du concours .

➤ 50 points optionnels sur le premier vœu pour les stagiaires non reclassés (l’option est ouverte pour les mouvements 2019 et 2020 et n’est utilisable QU’UNE SEULE FOIS).

100 points pour des ex-contractuels (à la condition d’avoir exercé un an cumulé dans les deux ans précédant la réussite au concours), 115 ou 130 points si le stagiaire a été reclassé au 4ème ou au 5ème échelon.

·      ils ne sont pas cumulables avec les 50 points « stagiaires ».

      ·     contrairement aux 50 points « stagiaires », l’option n’est pas ouverte pour les mouvements 2019 et 2020.

       ·     ils sont valables sur tous les vœux (pas uniquement le premier).

  • Situation médicale grave d’un enfant ou RQTH : 1000 points sur une ou plusieurs académies en fonction de la décision du groupe de travail.
  • Vœu préférentiel : 20 points par an à partir de la 2ème demande (il faut demander ce vœu chaque année) mais plafonné à 100 points (les points acquis précédemment qui excèdent ce plafond demeurent acquis mais n’augmentent plus).
  • Vœux géographiques particuliers

Vœu unique Corse : 600, 800 ou 1000 points en fonction de l’ancienneté de la demande (1,2 ou 3 ans).

·      800 points pour les ex-contractuels (y compris CFA) employés en Corse (sous la même condition de durée de services que les autres ex-contractuels).

➤ DOM : 1000 points pour les personnes qui attestent d’attaches sur le territoire (CIMM : Centre des Intérêts Matériels et Moraux).

  • Situation familiale

➤ 150,2 points pour l’académie de résidence professionnelle ou privée (si elle est compatible) du conjoint ET les académies limitrophes.

Ces points sont cumulables avec des points de séparation

100 points par enfant à charge (moins de 20 ans au 01/09/2016)

  • Agents élevant seul un enfant : 150 points forfaitaires si l’enfant est âgé de moins de 18 ans au 31/08/2018
  • Mutation simultanée de deux conjoints titulaires ou conjoints stagiaires :

➤ Cette possibilité n’est offerte qu’à des conjoints appartenant à des corps du second degré ou d’éducation ou d’orientation.

     ➤ 80 points pour l’académie choisie et les académies limitrophes. Les voeux doivent être IDENTIQUES dans les deux demandes.

  • Bonification pour exercice en REP, REP + et politique de la ville : phase transitoire actuellement, on ne sait pas encore ce que ça va donner après 2019.

(Source : SGEN-CFDT).

Les demandes de mutation se font exclusivement sur internet via le serveur SIAM, accessible depuis ton interface I-prof. Pour les mutations dans les COM (Communautés d’Outre-Mer), c’est un autre serveur : SIAT (accessible depuis la même plateforme).

Les demandes de mutation se font en général en mars-avril (sauf pour les DOM et les COM, voir le bulletin officiel). Normalement, tu devrais recevoir une notification des dates d’ouverture et fermeture du serveur via ta boîte mail professionnelle. Les résultats sont connus en juin, mais parfois plus tard pour les stagiaires.

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