La répartition des services et la DGH

répartition

Sous le terme barbare “répartition de service” se cache un casse-tête austro-sino-hongrois. Autrement dit, un truc très compliqué, sauf si tu es le seul représentant de ta discipline dans ton établissement (par exemple, prof certifié d’éducation musicale ou d’arts plastiques dans un collège de 400 élèves). Dans ce cas de figure – exceptionnel – tu n’auras pas à réfléchir puisque tu auras tous les niveaux et toutes les classes pour faire tes 18 heures.

Attention ! Tu n’es pas concerné si tu es contractuel ou TZR. En effet, les contractuels effectuent seulement des remplacements ou un BMP (Bloc de moyens provisoires), ce qui veut dire en clair qu’ils « bouchent les trous », font les heures qui n’ont pas pu trouver leur place dans la répartition de service. Les TZR sont dépendants de ce qui a été décidé en amont (l’année scolaire précédente) par les titulaires. Ils prennent donc le service du prof qu’ils remplacent, sans avoir leur mot à dire.

 Dans tous les autres cas, il te faudra te concerter avec tes collègues – et le chef d’établissement, lors d’une réunion pédagogique – pour décider qui fait quoi. Cela ne concerne, je le répète, que les titulaires de leur poste (poste fixe).

Les manières de faire ne sont pas identiques d’un établissement à un autre. En principe, dès lors qu’il y a plusieurs profs sur une discipline, il y a un coordinateur (ou une coordinatrice). Parfois, c’est lui/elle qui planche sur la répartition, après avoir recueilli les vœux de ses collègues. Parfois tout le monde s’y met ensemble (au sein d’une même discipline). Il n’y a pas de règle en la matière.

La répartition de service, concrètement, c’est comment chacun case ses 18 ou 15 heures, voire ses 12 h ou ses 9h en cas de temps partiel ou de mi-temps. Pour cela, le référent est la DGH (Dotation horaire globale), c’est-à-dire le nombre d’heures qui aura été allouée à l’établissement, et qui peut varier fortement d’un bahut à l’autre. En effet, le rectorat accorde plus ou moins d’heures en fonction des besoins de l’établissement. Ainsi, un collège de REP + bénéficiera de plus d’heures qu’un lycée huppé. Ces heures en plus sont destinées à assurer des projets, des modules de remédiation, etc.

La DGH se présente sous forme d’une enveloppe globale, que les membres du Conseil d’Administration vont ensuite répartir sur les différentes disciplines. Sur une enveloppe (totalement fictive) de 100 heures, on peut donc imaginer que 10 aillent aux mathématiques, 10 au français, etc. Il faut savoir qu’il y a un seuil en deçà duquel il n’est pas possible de descendre : c’est ce qu’on appelle les horaires planchers.

En collège :

En lycée, avec la réforme du bac en cours, on devrait avoir quelque chose comme :

« Le nouveau format de la classe de seconde, qui sera mis en œuvre dès la rentrée 2019, vaut pour les voies générale et technologique. Les lycéens suivront onze “enseignements communs” : français (4 heures hebdomadaire), mathématiques (4 heures), histoire-géographie et enseignement moral et civique (EMC) (3 heures 30), deux langues vivantes (5 heures 30 cumulées), physique-chimie (3 heures), sciences de la vie et de la Terre (SVT) (1 heure 30), sciences économiques et sociales (SES) (1 heure 30), éducation physique et sportive (EPS) (2 heures), et sciences numériques (1 heure).

En plus de ces matières, les élèves pourront choisir deux options : une matière de la voie générale et une matière de la voie technologique. En plus de ces deux options, les lycéens pourront suivre un enseignement de Langues et culture de l’Antiquité (LCA) de latin ou de grec.

Les élèves de seconde verront également dans leur emploi du temps des horaires dédiés à l’accompagnement personnalisé de français et de mathématiques, 54 heures par an d’éducation à l’orientation et 10 heures par an de vie de classe. Ils auront également la possibilité de suivre un dispositif de tutorat pour obtenir de l’aide à leur projet d’orientation.

7 matières communes en première et en terminale avec des spécialités

La future classe de première entrera, comme la seconde, en vigueur à la rentrée 2019 quand celle de terminale verra le jour à la rentrée 2020. En première, 16 heures hebdomadaires seront consacrées aux enseignements communs : français (4 heures), histoire-géographie et EMC (3 heures 30), LV1 et LV2 (4 heures 30 cumulées pour ces deux matières), EPS (2 heures) ainsi qu’une nouvelle matière appelée “enseignement scientifique” (2 heures), et non pas “humanités numériques et scientifiques” comme annoncé initialement. Ces volumes horaires sont les mêmes en terminale à deux différences près : le français est remplacé par la philosophie et les langues vivantes seront enseignées 4 heures par semaine en cumulé, et non plus 4 heures 30. Les élèves n’auront ainsi plus que 15 heures 30 d’enseignements communs par semaine.

 »

Source : http://www.letudiant.fr/lycee/exclusif-reforme-du-lycee-les-horaires-prevus-pour-chaque-matiere.html (avril 2018)

Quant aux lycées professionnels, la réforme en cours n’a pas encore donné lieu à des publications officielles.

Donc la répartition de services se fait à partir de ces quatre données : les horaires planchers d’une part, la DGH d’autre part, les vœux de niveau des profs, et la quotité horaire due par chaque prof. Ça n’a peut-être l’air de rien comme ça, mais ça n’est pas simple du tout.

En effet, prenons un cas concret. Un prof certifié de lettres modernes qui travaille à temps plein, et doit donc un service de 18 heures. Il souhaite avoir des 3e et des 5e. Puisque l’horaire plancher est à 4h30 dans sa matière (dont 1h30 d’Accompagnement personnalisé, où on différencie obligatoirement et travaillons avec des groupes de compétences), on peut imaginer le scénario suivant : deux 3e et deux 5e, soit 18 h tout rond. Mais – car il y a un mais – si ses quatre autres collègues veulent aussi des 3e (ou des 5e, peu importe), ça va coincer s’il n’y a pas le nombre de divisions suffisant dans chaque niveau pour satisfaire tout le monde. Lors de la première mouture de répartition, il y a souvent des heures en trop ou en déficit (par exemple, tous les profs d’une matière ont leurs 18h, sauf un à qui il manque trois heures pour faire son service complet). Il faut alors recommencer, faire des calculs d’apothicaire, convaincre les uns ou les autres de modifier leurs vœux de niveau, etc.

Si la DGH n’est pas très fournie, il y a toujours le risque qu’un poste « saute » s’il n’y a pas assez de divisions/classes (c’est-à-dire pas assez d’élèves). Dans ce cas-là, c’est le dernier arrivé de l’équipe qui va faire son complément de service ailleurs, voire qui doit participer obligatoirement au mouvement. Les collègues qui sont sur deux voire trois établissements sont dans ce cas de figure : il n’y avait pas assez d’heures dans leur établissement de rattachement pour qu’ils puissent y effectuer leurs 15, 18 ou 20 heures. Cela devient de plus en plus fréquent sur les disciplines qui comptent de moins en moins d’élèves, comme l’allemand ou le latin. Mais toutes les disciplines sont potentiellement concernées.

A l’inverse, quand le rectorat dispense une DGH confortable, il y a assez d’heures en principe pour que tout le monde puisse faire son service dans son établissement d’origine/de rattachement. En effet, le conseil d’Administration, sous l’égide du chef d’établissement, veille alors aussi à ce que les heures soient réparties de manière à ce que tous les enseignants titulaires de leur poste puissent y rester à plein temps (sauf demande de temps partiel, évidemment).

Mais malgré cela ce n’est pas toujours possible. Il suffit de peu de choses : quelques élèves en moins d’une année sur l’autre, sur un niveau, et c’est une division/classe en moins potentiellement. Je t’explique : mettons qu’il y ait 100 élèves en 6e (dans un petit collège). Cela fait 4 classes de 25. L’année suivante, pour x ou y raisons, il n’y a plus que 90 élèves. Une division disparaît alors, et il n’y a plus que trois classes de 30 élèves : on ne peut pas avoir trois classes à 25 et une classe à 15. Dans certains cas (en REP et REP + notamment), le rectorat peut accepter 3 classes à 22 et une autre à 25. Mais, dans la mesure où une division, c’est de l’argent (puisqu’il y a dix profs à payer pour elle, plus les autres personnels), la tendance depuis pas mal d’années est à la réduction du nombre de classes plutôt qu’au maintien d’effectifs réduits (nombre d’élèves par classe). C’est ce qui explique qu’en lycée il ne soit pas rare d’avoir des divisions de 35 élèves, voire davantage (surtout en seconde).

Dans cette logique, une division en moins, c’est au minimum 24 heures en moins à se répartir (en 6e). Et donc un risque accru de devoir aller faire un complément de service ailleurs, avec toutes les complications que cela implique (en termes d’emploi du temps, de trajets à faire, de logiciels de gestion différents, etc.).

Du coup il est important pour les équipes que leur établissement soit attractif, afin que les parents ne fassent pas des pieds et des mains pour que leur gamin soit scolarisé ailleurs que dans son collège ou lycée de secteur. Les contournements de carte scolaire sont très fréquents : il suffit de donner une adresse (chez une sœur, un oncle, un ami) dans le secteur convoité (c’est-à-dire où se trouve l’établissement visé), de prétendre que l’élève y réside, et hop, le tour est joué.

Or qu’est-ce qu’un établissement attractif, aux yeux des parents ? C’est un collège ou un lycée où les résultats aux examens sont bons (au minimum égaux à la moyenne académique, publiée chaque année), où il n’y a pas de problèmes de violences ou d’incivilités récurrents, où les profs sont rarement absents, et qui proposent des options et des activités éducatives (club ciné, initiation au mandarin, etc). Donc, pour que l’établissement soit attractif, les profs sont quasiment dans l’obligation de faire des heures sup (pour animer les options et les activités péri-éducatives), le CPE et le chef d’établissement doivent être bons, et tous doivent œuvrer de concert pour faire en sorte que leurs élèves obtiennent de bons scores aux examens. Autrement dit, sans investissement dynamique et cohérent de l’ensemble des personnels, un établissement peut vite être déserté.

Un autre aspect entre en ligne de compte dans les contournements de carte scolaire : le nombre d’élèves issus de l’immigration (même si c’est la 4e génération). Ce n’est pas très politiquement correct de le dire, mais c’est un constat : beaucoup de gens pensent que les établissements à forte densité de petits « bronzés » sont des établissements à fuir (y compris un certain nombre de parents eux-mêmes issus de l’immigration). Non par racisme, mais parce qu’ils associent cette population à de faibles résultats scolaires et un risque de violences accru (merci TF1). Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, trop politique et trop brûlant, mais je vais simplement témoigner de mon expérience. J’enseigne dans un collège où 50 % des élèves sont des enfants issus de l’immigration. La majorité de ces 50 % ont des parents qui ne parlent pas le français ou très mal (ils sont arrivés en France dans les 10 dernières années pour les plus anciens). C’est un collège de REP où il n’y a pas de problèmes de violence (si ce n’est rarement), et où les résultats sont conformes à la moyenne académique. Sans aller jusqu’à dire que le niveau y est bon, il est semblable à celui de beaucoup d’autres qui n’ont pas la même population. Et beaucoup de nos meilleurs élèves n’ont pas un nom de famille bien franchouille. Donc il peut être judicieux de rappeler à ces parents aux préjugés bien ancrés que ce n’est pas la couleur de peau qui fait la différence, mais bien les difficultés sociales (de langue, notamment, et ce n’est pas si simple que ça d’apprendre notre langue, je suis bien placée pour le savoir…), la précarité et les difficultés d’insertion professionnelle. C’est du moins mon avis, fondé non sur une idéologie, mais sur ce que je vois depuis des années dans le cadre de l’exercice de mon métier.

Pour en revenir à la répartition des services, elle peut être faite par le coordonnateur de discipline (qui est tout de même aussi payé pour ça) ou par l’ensemble de l’équipe. Il n’y a pas de règle en la matière, chaque établissement et chaque équipe disciplinaire ayant ses us et coutumes. Il faut parfois jusqu’à cinq ou six moutures avant de trouver un consensus, lequel dépend aussi des bonnes volontés des uns et des autres (acceptation ou non d’heures supplémentaires, acceptation ou non d’avoir jusqu’à 4 niveaux différents, etc.). Le chef d’établissement intervient également, soit de manière active en faisant des propositions ou en imposant certaines choses, soit en fin de processus pour valider.

Pour ce qui est du calendrier, là encore il varie beaucoup en fonction des établissements. Parfois il y a une première réunion de répartition après l’annonce de la DGH (généralement en janvier) et une validation en fin d’année (une fois que les effectifs élèves de l’année suivante sont à peu près arrêtés), soit seulement en fin d’année.

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