L’autorité mode d’emploi

autorité

L’autorité, la discipline (gestion de classe)

C’est une question qui taraude silencieusement les jeunes profs : comment se faire respecter ? Comment développer son autorité ?

Bien que la formation des enseignants ait grandement évolué ces dernières décennies, la question de l’autorité n’y est pas centrale. Pourtant, elle configure totalement le déroulement d’une carrière. Un prof qui n’a pas d’autorité se fait manger tout cru par les élèves. Son calvaire ne fait que s’amplifier s’il ne trouve pas de remède et il finit immanquablement en dépression.

Dans un article du Café pédagogique de 2012, on peut lire ceci : « Pisa 2009 classait déjà la France parmi les pays de tête où les cours étaient les plus perturbés. 20% des élèves se plaignaient du temps perdu en classe du fait de ces perturbations et la moitié signalaient du bruit en classe. On retrouve ce même classement dans Pisa 2012 où la France est, avec le Portugal, le champion européen du temps perdu en classe pour gérer les perturbations soit environ 16% du temps scolaire. »

La principale difficulté des jeunes enseignants se situe précisément là, sur la gestion de classe. En effet, on peut être un as dans sa discipline, avoir toutes les compétences requises en didactique et pédagogie, et se retrouver complètement submergé par un, deux, voire dix gamins qui ont décidé que leur passe-temps favori serait d’essayer de te déstabiliser, et/ou qui estiment qu’ils perdent leur temps.

autoritéLes profs débutants se sentent souvent incapables d’assurer à ce niveau-là parce qu’ils voient les vieux pirates du professorat comme un horizon inaccessible. Pourtant, jeune padawan, c’est oublier que le plus aguerri des profs a été, comme toi, un jeune homme ou une jeune femme peu sûr(e) de lui/d’elle, tremblant devant une horde d’adolescents hirsutes prêts à en découdre. Comme dans tous les métiers, on apprend beaucoup « sur le tas ». Pour filer une métaphore, disons que débuter en tant que prof revient souvent à se retrouver dans une jungle inconnue, avec pour seul moyen de survie une gourde (le Savoir) et une lampe torche (ton envie de faire ce métier). Le moindre bruit te fait sursauter, tu n’identifies pas la provenance de mouvements subtils dans les feuillages, tu ne connais pas la faune ni la flore… Il va donc falloir identifier tout cela, petit à petit, trouver ta subsistance (ce qui te nourrit, humainement, dans ce métier), repérer les vrais dangers et les distinguer de ce qui est anodin, apprendre à utiliser certains appuis (dans ta hiérarchie, tes collègues, sur les forums) et te fabriquer des outils (pédagogiques et didactiques). Il va te falloir également gagner en souplesse (t’adapter) et en recul (ne pas te laisser affecter personnellement par l’exercice de ta profession). Tout cela ne se fait pas en un jour, ni même en un an.

Quand, en salle des profs, tu as l’impression d’être l’unique représentant(e) des difficultés de gestion de classe, tu te trompes lourdement. Tout le monde en rencontre, même parfois après 25 ans de carrière et un tempérament de leader né. La jungle, pour reprendre la métaphore, demeure pleine de surprises, même pour les vétérans. Mais ayant déjà affronté moult épreuves, ceux-ci ne s’en émeuvent pas forcément et se servent de leur expérience pour affronter la situation. Donc toi aussi, jeune padawan, tu seras un jour un Jedi. La seule condition est : ne pas lâcher l’affaire.

Sur l’autorité, les avis divergent. D’aucuns pensent que c’est une faculté naturelle, qui ne s’apprend pas. Un peu comme la couleur des yeux : on est bien loti, ou pas. D’autres au contraire estiment que l’autorité s’acquiert. Selon eux, à force de maitrise de soi et de comportements bien assimilés, on peut développer cette qualité.

Pour ma part j’ai quand même l’impression que c’est un mix des deux qui prévaut. Une personne timide, inhibée, qui doute sans cesse de sa légitimité (syndrome de l’imposteur) aura bien du mal à se faire respecter, malgré tous les faux-semblants qu’elle déploiera. Mais de fait, au contact des élèves, en retenant les leçons qu’ils nous prodiguent à leur insu, on gagne petit à petit en autorité.


D’abord, qu’est-ce que l’autorité ? « Ensemble de qualités par lesquelles quelqu’un impose à autrui sa personnalité, ascendant grâce auquel quelqu’un se fait respecter, obéir, écouter » nous dit le Larousse, et plus loin : « Crédit, influence, pouvoir dont jouit quelqu’un ou un groupe dans le domaine de la connaissance ou d’une activité quelconque, du fait de sa valeur, de son expérience, de sa position dans la société, etc. ; caractère de quelque chose dont la valeur, le sérieux, communément reconnus, lui permettent de servir de référence ».

Les deux définitions sont censées pouvoir s’appliquer à l’autorité professorale : de par nos connaissances, nous devrions « faire autorité » auprès des élèves. De par notre statut d’adulte face à des enfants, nous devrions « nous faire respecter, obéir, écouter ». Sauf que ça, c’était avant, quand le Savoir n’était pas accessible d’un simple clic et que Dolto n’était pas née.

Désormais, ni nos connaissances, ni notre statut d’adulte ne nous valent le respect de prime abord. Le respect et l’obéissance des élèves doivent se gagner, à la sueur de notre front.autorité

Pour t’éviter des sueurs froides et des heures à te morfondre, je vais te donner quelques petites astuces qui assureront ton autorité, au moins partiellement.

  • Se montrer bienveillant envers les élèves: c’est tout bête, mais s’ils te sentent hostile, ils te le feront payer cher. Pour ça ils font preuve d’un véritable esprit de groupe. Ne te laisse pas aller à des remarques blessantes ou à des jugements dépréciatifs. L’élève est une espèce susceptible.

 

  • Ne pas faire d’exception, sauf cas de force majeure avéré: si tu prends le carnet de correspondance d’un élève parce qu’il n’a pas fait ses devoirs, il faut le faire pour TOUS les élèves qui n’ont pas fait leurs devoirs. Et tous les jours. La constance est une grande amie de l’autorité. Mais si l’élève a passé la soirée chez le médecin, il est bien évident que tu dois lui laisser une chance. Donc demande les raisons du comportement inadapté et fais appel à ton intuition pour savoir si l’élève te mène en bateau ou pas. Un décès familial par semaine relève de la provocation, pas de la malchance.

 

  • Sanctionner TOUS les comportements inadaptés, sauf pathologie avérée. Bien sûr, il faut établir une gradation dans ces sanctions, de la simple remarque à l’exclusion de cours, le panel intermédiaire est très large (voir la rubrique « les sanctions »). Ajuste en fonction de la gravité du comportement problématique. Comme en cuisine : ni trop, ni trop peu. Mais ne crois pas que tu puisses fermer les yeux sur un langage vulgaire, un jet de gomme, des bruits d’animaux ou encore un refus ostentatoire de travailler. Ton inaction reviendrait à leur dire : allez-y, éclatez-vous, je fais semblant de ne rien voir ! Le lendemain ce serait pire, et le surlendemain encore pire.

 

  • Ne pas t’énerver, éviter de crier. Plus facile à dire qu’à faire ! Mais dès que tu commences à crier, tu leurs dis clairement : je suis dépassé par la situation, je ne sais pas comment réagir. Un ton ferme et une posture droite feront plus d’effet, même si la classe peut se tenir coite pendant quelques minutes suite à ton débordement sonore.

 

  • Eviter de montrer que tu es affecté par les comportements problématiques si c’est le cas. Ne le prends pas de manière personnelle. Ils te testent, comme ils testent tous les adultes. Les profs en exercice dans l’établissement ont fait leurs preuves depuis belle lurette, ils sont donc moins testés car leur réputation les précède. Toi qui est nouveau, tu n’as pas cette assise. Tu vas donc passer à la moulinette du bizutage par les élèves. S’ils voient qu’ils mettent dans le mille, ils recommenceront et d’autres les imiteront, ravis de ce petit pouvoir sur un adulte. Donc reste calme, tranquille, sanctionne sans t’énerver, comme on applique une procédure. C’est là que tu vas leur montrer ta légitimité. Ils vont te supplier, te menacer, tenter de te séduire pour échapper à la sanction : sois inflexible, sauf, encore une fois, cas de force majeure avéré. Loin d’en éprouver du ressentiment (sauf injustice), les élèves t’en seront reconnaissants. Ils ont besoin de règles claires et surtout appliquées.

 

  • Lors du premier cours, préciser ton seuil de tolérance. Nous n’avons pas tous le même. Certains profs travaillent sans problème dans le brouhaha alors que d’autres frémissent au premier bavardage. Certains ne sont pas dérangés par les machouillages, tandis que d’autres sont allergiques aux balancements de chaise. D’aucuns apprécient une petite dose d’impertinence. C’est aussi pour cela que les élèves testent : ils ne savent pas à quoi s’en tenir de prime abord, chaque prof ayant des attentes implicites. Le plus simple est donc de leur formuler clairement ce que tu tolères et ce qui t’insupportes, sans exagérer. Prévenus, les moins téméraires se le tiendront pour dit. Quant aux autres, ils seront moins tentés de persister après avoir vérifié que tu agis en cohérence avec ce qui était annoncé.

 

  • Même quand on est en exercice dans un établissement depuis plusieurs années, les élèves testent en septembre (sauf ceux qui t’ont déjà eu comme prof). C’est donc là qu’il faut serrer la vis, quitte à relâcher la pression par la suite. Les enseignants aguerris le savent : le début d’année va conditionner les neuf mois qui suivront. Il importe donc de se montrer exigeant dès les premiers jours, et pendant toute la première période (exigeant ne voulant pas dire intransigeant). En principe, ces quelques semaines intenses sur le plan nerveux permettent de se détendre ensuite : les élèves ont compris à qui ils avaient affaire, ils passent à autre chose.

 

  • Ne pas hésiter à bâtir un plan de classe (surtout au collège) afin de séparer les éléments perturbateurs et de créer des synergies positives. Plus simplement, déplacer un élève pour l’isoler est une pratique courante.

 

  • Prépare bien tes cours. Rien n’est plus propice au chaos et au manque d’investissement d’une classe qu’un cours hésitant, mal rythmé, ponctué de blancs. Il faut prévoir différentes activités, si possible, mais aussi veiller à ce que ce ne soit pas trop dense. Didactique efficace (c’est-à-dire adaptée au groupe classe que tu as en face de toi) et autorité vont de pair. C’est la raison pour laquelle on peut difficilement réutiliser les mêmes cours d’une année sur l’autre : aucune classe n’est semblable à une autre, il faut sans cesse ajuster en fonction du niveau global, de la dynamique de groupe particulière, de la tendance plus ou moins prononcée au bavardage…

 

  • N’oublie pas que tes élèves sont avant tout des personnes, avec des émotions, une vie personnelle, des problèmes. Ils sont là pour apprendre, certes, mais ils ne laissent pas leur vécu à l’entrée de la salle de classe. Prendre en compte ce facteur humain permet de ne pas se montrer trop rigide, d’adopter le ton adéquat, d’émaner quelque chose de fédérateur. Les adolescents sont très sensibles à ce qui émane de leurs profs. S’ils te sentent sûr-e de toi et bienveillant-e, ils auront un sentiment de sécurité qui les incitera à adhérer à ton cours.

 

Tu te dis peut-être : mais si je ne suis pas sûr-e de moi ? Je pourrais te répondre que la confiance en soi est l’objet d’un nombre incalculable de livres et sites de développement personnel. Mais ce serait trop facile. Je n’ai pas de baguette magique, néanmoins quelques mantras ont fait leurs preuves, comme :

  • Aucun élève n’a jamais dévoré un prof.
  • Un élève récalcitrant, c’est un enfant mal dans sa peau.
  • Tout le monde a le droit à l’erreur, celle-ci est formatrice.
  • A l’impossible nul n’est tenu.
  • Hitler était sûr de lui, on sait ce que ça a donné.
  • Des générations d’enseignants sont passées par là et ont survécu.
  • Les plus grands artistes ont le trac avant de monter sur scène, pourtant ils parviennent à le surmonter.
  • La valeur n’attend pas le nombre des années.
  • Faire de son mieux, c’est déjà beaucoup.
  • La perfection n’est pas de ce monde.
  • En toi sommeille la force du Jedi.
  • Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. – Sénèque
  • Accepte ce qui est, laisse aller ce qui était et aie confiance en ce qui sera. – Buddha
  • Tu ne sais jamais à quel point tu es fort jusqu’au jour ou être fort reste la seule option. – Bob Marley

(Crédit photos : pixabay)

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