Les réunions parents-profs

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Les réunions parents-profs ont lieu en moyenne deux fois dans l’année, parfois plus mais, à ma connaissance, c’est assez rare. Il s’agit de faire un bilan sur l’élève. Les modalités diffèrent d’un établissement à l’autre, mais en gros, ça se passe comme ça : à partir de 17h, un jour fixé par le chef d’établissement, on enchaîne les rendez-vous avec les parents sur une durée de trois à quatre heures. En principe, c’est le prof principal, accompagné d’un collègue désigné, qui officie pour tous les élèves dont il a la responsabilité particulière (en tant que PP, prof principal). En REP, il est d’usage de remettre le bulletin du premier puis du second trimestre à cette occasion, moyen assez efficace d’être sûr de rencontrer les parents.

La réunion parents-profs un exercice assez épuisant car il faut parler pendant trois ou quatre heures sans interruption, rester courtois quoi qu’il advienne (et ce n’est pas toujours facile) et prodiguer des conseils utiles – et surtout personnalisés – pour chaque élève. Cela implique de connaître l’élève dont on reçoit les parents, et d’avoir en tête ses résultats globalement. Il est également impératif de tenir les délais – dix minutes d’entretien en général, parfois moins – sous peine d’avoir une horde de parents exténués attendant dans le couloir, ce qui se solde inévitablement par une mauvaise humeur généralisée dont on risque fort de faire les frais. Quand on est soi-même parent, on comprend aisément qu’attendre une heure à l’heure du repas, tandis que le petit dernier piaffe d’impatience en espérant son biberon, n’est pas une sinécure. D’un autre côté, certains « cas » difficiles demandent bien plus que dix minutes. Et leurs parents ne sont, le plus souvent, pas très empressés pour nous rencontrer. Alors quand enfin on peut discuter avec eux, on a très envie de profiter de l’occasion ! Mais la règle est la même pour tous. Toutefois, une astuce assez simple consiste à raccourcir les rendez-vous concernant les élèves « faciles », ayant de bons résultats et ne présentant aucun problème de comportement, pour prolonger de quelques minutes les entretiens avec les parents des « récalcitrants ». Entendons-nous bien : raccourcir ne signifie pas éluder. Mais répéter en boucle que « c’est parfait » n’est pas forcément très constructif, bien que le parent du prodige puisse, à juste titre, jouir de ce moment de gloire – et le gamin encore plus. On peut donc, avec beaucoup de courtoisie et de bienveillance, insérer au bout de cinq minutes une phrase telle que « je n’ai rien de plus à vous dire, c’est un trimestre vraiment honorable et si vous n’avez pas de questions… ». S’il y a des questions, naturellement, il est de ton devoir d’y répondre. Mais adapter en souplesse le temps de parole dévolu à chaque enfant peut rester une ligne de mire.

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Tu rencontreras parfois des moments difficiles lors de ces réunions parents-profs.  Comme lors d’un rendez-vous individuel à un autre moment de l’année, il se peut que tu aies à faire face à un parent très remonté. Comme tu n’es pas seul(e), le risque est moindre de te faire agresser. Mais il existe tout de même. La règle d’or : rester calme et recentrer le débat sur les résultats de l’enfant. Si vraiment le parent est là pour « casser du prof » (hélas, ça arrive), n’hésite pas à mettre fin, fermement mais poliment, à l’entretien : tu n’es pas un punching-ball, et tu n’es pas responsable de toute la misère du monde. Si tu as réellement la conscience tranquille, tu le feras d’autant plus aisément. Mais tu peux aussi retirer de certains propos véhéments des enseignements instructifs sur ta pratique (surtout si cela se répète…). Répétons-le : les parents ne sont pas des ennemis, bien qu’ils n’aient aucune idée, en général, de ce que nous vivons au quotidien et qu’ils soient convaincus – pour nombre d’entre eux – de lieux communs sur les enseignants (payés à rien foutre et incompétents). Etablir un véritable dialogue avec eux, les convaincre, par ta bonne foi, de la sincérité de ton engagement pour leurs enfants, engendrera le respect qui t’est dû. Pas toujours, mais le plus souvent.

 

Autre difficulté qui peut apparaître : la trop grande sévérité d’un parent envers son enfant présent. C’est de plus en plus rare, je te rassure, mais cela arrive encore. En clair, cela veut dire qu’un parent peut frapper son enfant devant toi, le pourrir d’invectives blessantes, ou laisser entendre que la « râclée » aura lieu sitôt le domicile familial regagné. Dans ces cas extrêmes, il est bien sûr de ton devoir de faire en sorte de calmer le parent, d’insister soudain sur les points positifs, de mettre en lumière les quelques efforts consentis par l’élève. Cherche bien, il y en a sûrement. Tu ne peux pas interférer dans l’éducation reçue par l’enfant, mais il est de ton devoir de citoyen de faire ton possible pour éviter la souffrance infantile. Et si vraiment tu constates des violences inadmissibles, tu dois faire un signalement auprès des autorités (via ton chef d’établissement). Ceci ne vaut évidemment pas que pendant les réunions parents-profs, mais dès que tu es certain que l’enfant subit des violences de la part de ses parents ou que tu as une forte présomption (hélas, nous sommes des témoins privilégiés de ces maltraitances, et particulièrement habilités à les signaler).

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