Les parents d’élève

Les parents d’élèves

Si tu t’apprêtes à entrer dans le métier ou que tu viens de le faire, tu es sans doute jeune et sans enfants. Tu ne sais donc pas ce que peut ressentir un parent plein de ferveur à l’égard de sa progéniture. Dans le cas contraire, tu as quelques points d’avance qui te seront bien utiles : se mettre à la place des parents pour tenter de les comprendre et de trouver un terrain d’entente est souvent une gageure.

Ne noircissons pas le tableau : la majorité des parents sont courtois et coopératifs. Ils sont prêts à écouter tes conseils et remarques, à reconnaitre la valeur de ton travail et de ton engagement.

Mais force est de constater que, depuis quelques décennies, beaucoup de parents sont hostiles à l’Ecole et aux enseignants. Les raisons en sont multiples. En voici quelques-unes :

  • Ils n’ont pas digéré ou dépassé leur propre souffrance scolaire et attribuent leurs échecs aux manquements du système éducatif.
  • Ils ne savent pas et/ou n’admettent pas qu’un enfant ou adolescent est capable de se comporter très différemment en classe et à la maison.
  • Ils estiment qu’un enfant ou adolescent n’échoue que si ses enseignants sont incompétents.
  • Ils se sentent « inférieurs » aux profs et compensent par de l’agressivité.
  • Ils ont peur pour l’avenir de leur gosse et surinvestissent sa scolarité.
  • Ils ont du mal à prendre conscience du fait qu’un enseignant est face à 25 ou 30 élèves et ne peut s’occuper individuellement de chacun en permanence.
  • Comme ils ont été élèves, ils pensent tout savoir du métier de prof.

Pourquoi les parents demandent à te voir

Tu seras amené à côtoyer les parents à maintes occasions. Tout d’abord, ils demanderont rendez-vous s’ils se font du souci à l’égard des résultats de leur enfant. Plus rarement, ils te préviendront de problématiques particulières : souci de santé du gamin, divorce parental, diagnostic de dys… Ces informations importantes ne sont cependant pas souvent transmises, et tu les découvriras par hasard ou en consultant le dossier de l’élève. De ton côté, tu peux leur demander un rendez-vous via le carnet de correspondance, afin d’alerter sur un manque de travail ou une attitude inacceptable.

Les parents peuvent aussi demander une rencontre pour contester ta pédagogie, une évaluation, une remarque qui leur a semblée inappropriée, etc. Souvent, leurs reproches ne te seront pas connus : ils préfèrent appeler directement le chef d’établissement (voire l’inspection académique). Celui-ci, en règle générale, ne te tient pas informé de ces plaintes, sauf faute professionnelle avérée ou problème sérieux. Du coup tu peux tomber des nues lors d’un rendez-vous avec un parent, quand sa colère explose devant toi alors que tu ne soupçonnais pas le moindre petit malaise. Le cas échéant, deux solutions s’offrent à toi : garder ton calme et tenter de renouer un dialogue serein, ou mettre fin à l’entretien. Répondre à la colère par la colère s’avère toujours contreproductif et peut engendrer des situations de violence.

Je me souviens ainsi d’une mère d’élève de 6e qui était très remontée contre moi parce que son fils n’avait « que » 17 de moyenne en français. Selon elle, il méritait bien plus, eut égard au fait qu’au primaire il n’avait que des 10/10 dans cette matière. Dans un premier temps, je gardai mon calme et lui expliquai que les attentes de la 6e étaient un peu différentes du primaire et que le respect des consignes n’était pas le fort de son cher petit. Mais elle continuait à m’invectiver et à remettre en cause mes compétences. Jeune et sans expérience de ce type d’interactions, je crus bon de répondre à sa violence verbale par de la colère. Mal m’en prit : elle me gifla ! Ce qui mit fin à l’entretien. Et tu te doutes que l’incident m’affecta pendant un bon bout de temps.

Plus récemment, un collègue d’anglais avec lequel je procédais à une remise de bulletin se fit insulter sans préambule par un parent mécontent de sa pédagogie. Le collègue étant d’origine africaine, les insultes prirent rapidement un caractère raciste. J’intervins pour tenter de calmer ce père très remonté, en vain. Mon collègue, sans se laisser démonter (proche de la retraite, il avait vécu maintes fois cette scène) pria poliment le sieur de s’en aller s’il n’avait pas d’autres questions au sujet des résultats de sa fille (dont il n’avait pas été question une seule seconde durant l’entretien, le père n’en ayant pas laissé l’opportunité). Celui-ci s’en alla en vociférant qu’il ferait remonter tout cela en haut lieu. Je demandai à mon collègue s’il souhaitait que je témoigne des insultes racistes dont il avait été victime : il déclina l’offre, n’accordant plus d’importance à ce type de comportement. En tout état de cause, sa manière de réagir à la violence était tout à fait appropriée, tout au moins dans le contexte scolaire.

Dans le secondaire, les parents n’accompagnent pas les élèves lors des sorties. Mais ils peuvent donner un coup de main en d’autres occasions : journées portes ouvertes, tombola, soirées du lycée, etc. Leur aide précieuse est très appréciée.

Entre parents et profs, une confiance qui a parfois du mal à s’instaurer

Les associations de parents d’élève, dont la très puissance FCPE, siègent au conseil d’administration de l’établissement. Comme les profs, les délégués des élèves, les élus locaux, les personnels d’entretien ou la direction, ils disposent d’un vote qui leur permet d’exprimer leur opinion lorsque des décisions doivent être prises. Leur représentant siège aussi dans les diverses commissions (santé et citoyenneté par exemple) et les conseils de discipline. En d’autres termes, les parents d’élève, par la voix de leur(s) délégué(s), font partie intégrante du conseil éducatif de l’établissement. Ils se montrent, le plus souvent, très investis dans cette mission. Ils épluchent les documents, étudient les textes officiels, donnent de leur temps et de leur personne pour contacter le plus de parents possibles, etc. Ce sont des interlocuteurs à part entière et tu aurais tort de sous-estimer leur fonction. Car avant d’être ton élève, l’ado est un enfant, dont le parent se soucie nuit et jour. Ses parents voient des choses que tu ne vois pas, comme des cas de harcèlement, un défaut d’infrastructure (comme des casiers ou un abri pour les jours de pluie), le langage grossier d’un surveillant ou encore les difficultés liées au transport scolaire.

Malheureusement, la confiance réciproque peine à s’instaurer entre parents et enseignants au sein des établissements scolaires. Les uns et les autres se sentent injustement jugés. Le fait est que c’est parfois fondé, mais globalement les parents qui investissent l’école ont le même objectif que les profs et l’ensemble des éducateurs : faire en sorte que tout se passe au mieux, à tous points de vue, pour les élèves. Le rôle du chef d’établissement est déterminant en ce domaine car c’est lui ou elle qui va instaurer un climat serein, ou au contraire délétère, entre parents et enseignants. Il est l’interface au sein de laquelle tout se joue.

Il y a des chefs d’établissement qui se mettent (symboliquement) à genoux devant les parents, les laissent dicter leur loi, sans aucune équité à l’égard du personnel éducatif. Cela se manifeste par exemple par des remarques acerbes sur votre santé défaillante, cause de quelques absences que les parents ne tolèrent pas. D’autres au contraire réfutent la légitimité du « corps parental » à l’intérieur de l’institution scolaire et les rejettent plus ou moins ostensiblement. Evidemment, la sagesse se situe entre ces deux extrêmes, dans un exercice de haute voltige diplomatique qui consiste à contenter tout le monde.  Je te rassure : cette bienveillante fermeté concerne nombre des chefs d’établissement, même si elle n’apparait pas forcément au premier coup d’œil.

Les parents d’élève au conseil de classe

Tu verras également les délégués des parents d’élève dans les conseils de classe. Ils s’y tiennent coi en général, bien que dans certains bahuts ils se montrent éloquents et même vindicatifs : tout dépend de la population de l’établissement. En zone rurale et/ou défavorisée, les parents se tiennent généralement à distance respectueuse (ou méprisante) de l’institution scolaire. En zone urbaine et a fortiori en ville riche de CSP de prestige, ils s’y montrent plus présents et plus exigeants.

Le rôle du délégué de parents dans un conseil de classe consiste à noter ce qui est dit de chaque élève, afin de le transmettre aux parents. Il n’a pas le droit d’emporter les documents fournis (relevés de notes, appréciations des profs, etc) car ils sont confidentiels. Il est également chargé de se faire le porte-parole des demandes, récriminations et autres plaintes des parents de la classe. Il n’est pas rare qu’un délégué de parent mal informé confonde le conseil de classe avec un rendez-vous qui réunirait tous les enseignants de son enfant : il ne s’exprime alors que quand vient le tour de son rejeton. Le président du conseil (principal, proviseur ou adjoint) lui rappelle en principe les prérogatives de son rôle à cette occasion, mais certains font la sourde oreille…

Les récriminations des parents du secondaire portent sur trois axes majeurs : la discipline, les notes et les absences de professeurs. Ils contestent le plus souvent les sanctions disciplinaires infligées à leur propre enfant mais demandent à ce que la sévérité la plus stricte soit appliquée à ceux des autres. Ils contestent la justesse des notes attribuées ou la politique d’évaluation de tel ou tel prof, sans demander quels sont les critères précis. Et surtout ils se plaignent des absences des profs. Un véritable leitmotiv.

Les parents et les absences de profs

Il faut savoir qu’avant d’être un élève de 6e ou d’un autre niveau, l’enfant a été dans le primaire. Là, tout enseignant absent est remplacé au pied levé, même pour une demi-journée, quel que soit le motif (maladie, formation, concours…). Il existe un statut spécial pour les cohortes de profs remplaçants dans le primaire : ZIL (Zone d’intervention localisée) ou brigade (à l’échelle du département). Dans le secondaire, les effectifs de profs remplaçants ont été supprimés, sauf pour des postes à l’année (TZR : titulaire sur une zone de remplacement). Pour qu’un chef d’établissement puisse engager une procédure de recrutement d’un vacataire ou contractuel, il faut que le titulaire du poste soit absent au moins deux semaines. Or il est très rare qu’un enseignant soit absent si longtemps : une grippe, un lumbago sévère, une formation, un enfant malade, entraînent des absences de quelques jours seulement, au maximum. Et les profs ont le mauvais goût de ne pas être malades/ en sortie/ en formation / au chevet de leur progéniture en même temps, ce qui donne aux parents l’impression que leur enfant est en butte à de perpétuelles absences. Comme le parent d’élève a été habitué à ce que son enfant soit toujours sous la responsabilité d’un enseignant pendant les huit premières années de sa scolarité, il est déboussolé quand sonne l’heure du secondaire et que change la donne. Son garnement se trouve régulièrement en permanence (étude) au lieu d’être avec un prof. Mais au lieu d’incriminer l’institution (et plus particulièrement la pénurie de remplaçants titulaires), les parents râlent après les profs et les soupçonnent (fortement) d’abuser de leur statut de fonctionnaire. Or il faut savoir que pour les enseignants et autres personnels de l’éducation nationale, la durée moyenne de congés maladie ordinaire est de 6,6 jours, contre 7,1 pour l’ensemble des fonctionnaires. Autrement dit les profs sont moins absents pour maladie que les autres fonctionnaires. Par ailleurs selon le SNPDEN, syndicat de chefs d’établissement, « un bon tiers » des heures de cours perdues auraient des causes institutionnelles (formation, réunions…). Les profs ne sont pas responsables de ces heures perdues (pour les élèves, car même s’ils ne sont pas devant leur classe, les profs travaillent sur ces heures-là), mais c’est sur eux que tombe l’opprobre.

parents

Un élève du secondaire a entre 8 et 12 profs selon les options choisies. Si on prend 12 individus de la population générale, combien vont être malades, en réunion, en formation, en rendez-vous médical, en assistance à un proche, durant leur temps de travail, sur une année ? Tous. Mais cela ne se voit pas forcément : le chef d’entreprise n’est pas avec ses employés 24/24 h, l’employé de bureau n’est pas visible auprès du public, le freelance n’a de comptes à rendre à personne tant que le travail est fait dans les délais, l’ouvrier est remplacé par un intérimaire, etc. Il n’y a que le commerçant tenant boutique ou le médecin qui connaisse une situation similaire à celle du prof, parce qu’il est en contact avec un public, au quotidien. Mais qui va se plaindre auprès du médecin ou du commerçant de son absence ? Personne. Et encore, pour le médecin (ou praticien de santé quelconque), il sera seulement dit « pas de possibilité de rendez-vous », et non « absence pour telle ou telle cause ». Le chiffre officiel ne suffit pas à démentir cette croyance tenace, celle de l’absentéisme des profs : en 2015, on décompte 3% d’absentéisme pour les enseignants et 3,7% pour les salariés du privé.

Pour terminer sur cet épineux sujet, j’aimerais rappeler aux parents d’élèves (qui par mégarde liraient ce livre) que faire cours s’apparente à donner un show : il faut énormément d’énergie, une voix en pleine forme, une immense attention à ce qui se passe dans le public (la classe), une mise en action de la mémoire et de la réactivité, mais aussi de l’émotion, du charisme et de l’intelligence. Des capacités qu’une simple angine (couplée au traitement) peut anéantir. S’il est possible de fabriquer une charpente ou d’entrer des données dans un tableau Excell quand on se mouche toutes les deux minutes, c’est nettement moins faisable quand on doit captiver 28 ados qui rêvent d’être ailleurs, et ce cinq à sept heures d’affilée. Bien sûr, on peut faire cours avec une entorse, j’en atteste. Mais alors pas question de suivre ce que les élèves écrivent dans leur cahier ni de circuler dans la classe. Moyennant quoi le cours est de mauvaise qualité et le reste un bon moment puisque, faute de repos, le ligament peine à se réparer. Le prof consciencieux préfèrera donc une semaine d’absence pour maladie, pour revenir au mieux de ses performances, plutôt que de satisfaire l’ire des parents en venant en cours pour y faire un cours magistral auquel les élèves se montreront bien peu réceptifs.

Depuis 2005, les textes stipulent que les profs du secondaire peuvent – sur la base du volontariat et sur proposition de la direction – remplacer un collègue absent. Ce dispositif fonctionne dans l’immense majorité des établissements depuis cette date. L’adjoint est en charge de ce casse-tête : trouver quels profs sont disponibles sur telle heure, leur demander s’ils acceptent de remplacer au pied-levé ou avec quelques jours d’anticipation (dans le cas des stages de formation par exemple). Cette heure supplémentaire est rémunérée en HSE. Certains acceptent volontiers, d’autres pas. Il semble néanmoins que ce dispositif, pour intéressant qu’il soit, ne suffise pas à calmer la colère des parents devant ce qu’ils persistent à nommer « l’absentéisme des profs », alors qu’il s’agit d’un manque d’effectifs dont ne souffre pas le primaire. Pour info, les fonctionnaires de l’Etat sont moins absents (13 jours par an) que les salariés du privé (16 jours par an en moyenne).

 

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