L’évaluation, par compétences ou notes.

évaluation

Voilà un des aspects les plus essentiels de notre métier. Et un des plus compliqués, car bien évaluer est plus complexe qu’il n’y paraît.

Actuellement, il y a deux systèmes d’évaluation en cours dans les collèges : les notes traditionnelles, et l’évaluation par compétences. Au lycée, pour le moment, seule l’évaluation chiffrée est pratiquée (mais la notion de compétences entre en compte pour le LSU – Livret Scolaire Unique – sur lequel je reviendrai plus loin).

Je ne parlerai pas de la première, que tu as forcément connue en tant qu’élève. En revanche, la seconde mérite quelques éclaircissements. Je la pratique avec bonheur depuis huit ans, mon établissement ayant eu l’honneur d’en tester la validité avant les autres. Elle n’existe pour le moment qu’en collège, et pas dans tous.

L’évaluation par compétences

Dans l’évaluation par compétences, il n’y a plus de note chiffrée, mais des compétences évaluées (comme son nom l’indique). Pour un devoir ou contrôle, on oublie donc les points et on choisit un certain nombre de compétences (déterminées au préalable avec l’équipe disciplinaire et organisées dans un référentiel, lui-même inscrit dans un logiciel utilisé par l’établissement, comme SACOCHE par exemple). Ce référentiel s’appuie bien sûr sur le Socle commun de connaissances et de compétences.

On peut n’évaluer qu’une seule compétence ou en évaluer jusqu’à six ou sept sur le même devoir : tout dépend du référentiel et du type de devoir.

Pour chaque compétence évaluée, on va déterminer si elle est acquise, en voie d’acquisition ou non acquise. Pour cela, un code couleur est déterminé à l’avance par les équipes pédagogiques. Par exemple, ce sera vert pour la compétence acquise, orange pour celle qui est en voie d’acquisition et rouge pour celle non acquise.

L’idée est de faire travailler les élèves, de manière aussi individualisée que possible, sur les compétences qu’ils ne maitrisent pas. Et d’évaluer ces dernières assez régulièrement pour déterminer s’il y a progression ou non. Evaluer une seule fois dans l’année chaque compétence serait donc contre nature, dans la mesure où ce type d’évaluation vise précisément à permettre aux élèves (et à leurs profs) de cibler leurs points forts et leurs points faibles.

Autant le dire de suite, l’évaluation par compétences n’est pas encore entrée dans les mœurs, et ne fait pas le bonheur des parents. Quand, en rencontre parents-profs, on explique que les compétences en « outils de la langue » ou en « numération » ne sont qu’en voie d’acquisition, il n’est pas rare de s’entendre rétorquer : mais sinon, il a combien ? On ne change pas un référentiel ayant prévalu pendant plusieurs générations en un clin d’œil…

Ce type d’évaluation est porteur d’un idéal qu’on ne peut qu’applaudir. Si elle était utilisée pleinement par les élèves, elle leur permettrait de rassembler leurs efforts sur les points faibles identifiés, et donc de progresser vraiment. Le souci c’est que la notion d’effort ciblé est souvent très éloignée des considérations collégiennes… Ils voient bien qu’ils ont du « rouge » en grammaire ou en oral, en géométrie ou en analyse de document, mais ils ont tendance à considérer cette couleur de la même manière qu’ils considéreraient un 0/20 : avec défaitisme.

Cela dit, l’avantage immense pour les profs est de savoir plus précisément qu’auparavant où blesse le bât. Et cela permet donc d’organiser des groupes de compétences, soit en cours classique, soit en AP (accompagnement personnalisé, pour rappel), avec des activités et exercices ciblés pour chaque groupe d’élèves.

Mais ce n’est pas non plus un remède miracle, disons-le. Si la couleur rouge est peut-être moins stigmatisante que la « bulle » d’autrefois, elle reste et demeure aux yeux de l’élève et de ses parents le stigmate d’une scolarité qui ne se fait pas sans heurts. Voire d’une « nullité » atavique dont on se targue pour mieux en cacher la honte… Et un élève perturbé, avec des difficultés de mémorisation et/ou de compréhension, d’attention et/ou de lecture, ne réussira pas mieux (ni moins bien) avec ou sans les notes.

Si le sujet vous intéresse ou que vous êtes dans un établissement qui pratique l’évaluation par compétences, voici quelques liens qui peuvent être utiles :

Que l’évaluation soit colorée ou chiffrée, il n’en demeure pas moins qu’elle nécessite, pour être efficace, de répondre à certains critères.

Les critères d’une bonne évaluation (ou la mission quasi impossible)

Parmi ceux-ci, citons, en tout premier lieu, le bon sens. Evaluer des élèves sur une notion, une compétence ou un contenu que l’on n’a pas enseigné n’est en aucun cas une pratique correcte. Même s’ils sont supposés connaitre la notion ou avoir acquis la compétence en question. En effet, l’élève est un être qui fonctionne selon une loi simple : il enregistre essentiellement (et pas toujours) ce qui est écrit dans son cahier ou classeur. S’il n’est fait nulle mention du théorème de Pythagore dans votre cours mais que son recours est indispensable, inutile de croire que les élèves vont accéder cette déduction par le miracle des années précédentes. L’élève est un être auquel il faut sempiternellement rabâcher les mêmes choses. D’où, d’ailleurs, la répétition des mêmes notions d’années en années.

Quand tu auras effectué plusieurs années de service dans le même établissement, tu te rendras compte que c’est en toute bonne foi que tes élèves de l’année précédente te soutiendront que, jamais ô grand jamais ! ils n’ont étudié le concept de participe passé ou de révolution industrielle. Ils oublient d’une année sur l’autre (sauf les plus motivés, les plus sérieux). Donc quand tu évalues, tu le fais uniquement sur le contenu des semaines qui viennent de s’écouler, et pas sur quelque chose qu’ils sont censés savoir parce qu’ils sont en 4e ou en seconde. Toutefois, certains prérequis (comme la conjugaison du présent en seconde, ou l’addition en 3e) sont censés être intégrés et tu peux donc légitimement les inclure dans la conception de ton évaluation.

Ensuite, tu réaliseras que, malgré ta vigilance et l’attention extrême que tu porteras à ton objectivité, tes notes ou tes couleurs seront fonction de nombreux facteurs extérieurs à la copie de tes élèves. Il suffit de peu de choses pour se montrer plus sévère ou plus tolérant : une mauvaise ou une bonne nouvelle, une copie passable succédant à une autre exécrable, le comportement de l’élève en classe, la fatigue ou au contraire la pleine forme… De nombreuses études ont démontré que, malgré nos efforts, l’évaluation tendait à être subjective, ainsi que le démontre cet article universitaire : https://hal.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/179068/filename/evaluation.pdf

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