L’élève de 6e

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L’élève de 6e

J’ai connu pendant de longues années des 6e adorables, qui n’osaient pas moufter tant leur crainte de se faire « gronder » était grande. Mais il semble que ce temps soit bel et bien révolu. Désormais, le 6e est un enfant épanoui – voire contestataire – qui exprime à tout bout de champ sa formidable énergie.

Le 6e, malgré son cartable trop lourd et sa gentille coupe de cheveux, peut te tordre les nerfs bien plus fort qu’une serpillère. Il éveille pourtant en toi, irrésistiblement, l’instinct maternel ou paternel. On aurait presque envie de lui faire un bisou, quand on le voit penché consciencieusement sur sa table. Il lui arrive même de tirer la langue (au sens propre), dans l’intensité de l’effort fourni.

Le 6e est inflammable

Mais cette studieuse attitude dure généralement assez peu de temps. L’élève de 6e est en effet un être inflammable : le moindre bruit, l’absence d’une gomme, un copain qui éternue, une page qui se termine, un manuel oublié, un élève qui passe dans la cour, une difficulté de compréhension, ou toute autre chose, et le voilà incandescent. Il requiert alors une attention immédiate et absolue, comme si sa vie était en jeu. Dans le meilleur des cas, il lève la main à s’en arracher l’épaule. Dans le pire des cas, il soumet son problème sans le moindre égard pour les 28 autres qui étaient concentrés. Lesquels, du coup, ne le sont plus. Et il faut que tu saches, ô futur prof, qu’il est plus que rare qu’un seul élève rencontre un souci quelconque dans un laps de temps de, disons, 5 minutes. La plupart du temps, tel un pompier, tu passes donc l’heure à éteindre des incendies.

A côté de ça, c’est formidable d’enseigner en 6e, car les élèves ont encore une véritable appétence pour le savoir. Ils sont vraiment intéressés par ce que tu leur racontes, et ça, ça n’a pas de prix. Enfin, si, comme toujours. Le prix à payer est un certain épuisement nerveux : parvenir à obtenir le silence et le calme plus de dix minutes demande un investissement colossal. Mais c’est si charmant et agréable de voir toutes ces petites mains levées (à s’en arracher l’épaule, donc) pour répondre à tes questions. C’est un plaisir qui se rencontre de plus en plus rarement au fil des niveaux, il s’agit donc de bien en profiter.

Le 6e est enthousiaste

Par ailleurs, le 6e étant enthousiaste et – encore – désireux de bien faire, tu peux vraiment tenter plein de choses en pédagogie : travail de groupes, projets à long terme, théâtre, créations diverses. Les 6e ont ceci de vraiment encourageant qu’ils te font – pour la plupart – une confiance aveugle. Ils s’investissent si tu le leur demandes, ils récitent de bon cœur, ils espèrent sincèrement progresser. De ce fait, ils te remettent un cadeau inestimable entre les mains.

Alors même s’ils n’ont pas encore compris que la parole devait être régulée au sein d’un groupe (le plus souvent), qu’ils te demandent quand ils arrivent à la fin d’une page « où est-ce que j’écris maintenant ? », qu’ils mettent quinze minutes à coller proprement une feuille et presque autant à écrire les devoirs, les 6e sont malgré tout formidables.

Tu prendras donc garde à ne pas trop pratiquer l’humour second degré avec eux, pour ne pas les blesser inutilement. Tu prévoiras le temps suffisant pour leur permettre de trouver leur manuel, d’écrire laborieusement, de comprendre qu’il faut lever la main pour DEMANDER la parole, et non la prendre. Tu ne t’énerveras pas de devoir répéter dix fois la même réponse à la même question, parce qu’ils ne savent pas s’écouter les uns les autres – et que le programme chargé t’interdit de consacrer des heures à cet apprentissage. Tu partiras du principe qu’ils ont un vocabulaire assez peu étendu, et tu prendras bien soin d’expliciter chacune de tes interventions de plusieurs manières différentes, en employant les mots les plus simplistes que tu connais. Tu resteras parfaitement calme quand ils te demanderont, juste après que tu leur aies dit de lire le premier paragraphe du document : « Est-ce qu’on doit lire le premier paragraphe du document ? ». A cet instant précis, tu te rappelleras que le 6e est plein de bonne volonté, et qu’il a juste peur de mal faire. Et même quand, pour la cinquième fois consécutive, il te faudra dire « oui, vous lisez le premier paragraphe », tu afficheras le sourire épanoui du prof pédagogue.

Le 6e est un CM2 avec deux mois de plus

Il te faut savoir en outre que le 6e est déstabilisé par les nouvelles règles du collège. Il croit qu’il peut encore se rendre aux toilettes dès que sa vessie fait des siennes, ou que tout mal de tête justifie un passage par l’infirmerie. Il ne sait pas qu’une leçon doit être apprise, si ce n’est pas écrit noir sur blanc dans son agenda. Il t’appellera parfois « maman » ou « papa », et en rougira de confusion. Il ne comprendra pas aisément les consignes, qu’elles soient orales ou écrites. Tu passeras beaucoup de temps à expliciter des choses qui te semblent évidentes. Mais n’oublie pas que tu as un énorme bagage derrière toi, par rapport à eux, et que tout ce qui évident pour toi ne l’est absolument pas pour eux (et là je ne parle pas de la Seconde guerre mondiale ou des accords au sein du groupe nominal, je parle du fait d’écrire strictement la même chose que sur le tableau, ou de se taire quand on n’est pas invité à parler, ou de savoir ce qu’est un « génie »).

En fait, avec les 6e, il faut traquer la notion d’implicite. RIEN ne doit être implicite. Si tu veux qu’ils apprennent leurs leçons, tu dois le faire noter dans l’agenda (et dans l’idéal, explique-leur comment les apprendre). Si tu veux qu’ils ne mâchent pas de chewing-gum en classe, tu dois le faire noter dans une « charte de l’élève ». Si tu veux qu’ils cherchent à comprendre un texte, ne te contente pas de leur dire « lisez le texte ». Ils vont le déchiffrer, mais pas chercher à le comprendre. Si tu veux que, dans un groupe, chacun travaille avec la même intensité, précise-le. Tout ce qui te semble évident ne l’est pas. S’il te paraît important que le cahier ou le classeur soit bien tenu, ramasse-les et note-les.

Avec les 6e (mais c’est aussi un peu vrai avec les autres niveaux), il y a souvent des miracles. Par exemple, un élève te dit « Je ne comprends pas », tu lui demandes de lire la consigne à haute voix, et hop ! miracle, il a compris. Même topo avec « Je n’y arrive pas ». Souvent, il suffit de se placer à côté de l’élève pour que soudain son intelligence fuse. Tu n’auras pas même eu besoin de proférer un seul mot. Ta présence rassurante et bienveillante aura suffi.

Tu l’auras compris : sous ses airs extravertis, le 6e manque de confiance en lui. Tout ce que tu feras pour lui donner confiance en ses capacités sera un moteur de Porsche. Tu ne diras donc jamais qu’il est « nul » ou « incapable » ou tout autre adjectif fortement dévalorisant. Ses petits progrès seront fêtés comme des victoires, pas comme des évidences. Moyennant quoi, tu en feras un élève de 5e acceptable, voire appréciable.

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