Les Premières : terrain glissant !

Premières

Les Premières

PremièresL’âge moyen d’un élève de Première est 16 ans. Un âge où l’on commence à vraiment s’affirmer, à croire qu’on a tout compris sur tout.  Le maître mot des élèves de Première est donc : rébellion. Parce que tout est nul. Leurs profs, leurs parents, la société dans son ensemble, leurs anciens amis… Seul compte leur égo, qui s’hypertrophie tellement qu’il en vient à boucher complètement leur horizon. L’élève de Première voit ses centres d’intérêt se réduire à ses désirs, ses envies, ses droits. Reconnaissons que ce n’est pas toujours facile à gérer au sein d’une classe. Toutefois, dans cette dernière ligne droite de l’élaboration de son identité véritable, le Première fait preuve d’inventivité et de persévérance : qualités qu’il te sera précieux de mettre en valeur pour les inviter à les transposer dans ta discipline.

Ceci étant dit, rien ne ressemble moins à un Première qu’un autre Première : tout dépend de sa section. En effet, ces élèves s’identifient complètement à leur filière, encore plus que les Secondes ou les Terminales.

En S (scientifiques), une certaine tendance à l’arrogance aristocratique est de mise. Si tu n’es pas prof de maths ou de sciences (auquel cas ils te déroulent le tapis rouge, parce que ta matière a un fort coefficient au bac), ils te considéreront comme un valet, un bouffon, aux connaissances douteuses. Ils te montreront ouvertement que tu n’es pas digne du moindre intérêt, puisque ta matière relève de pures interprétations et ne permet pas d’intégrer les grandes écoles (croient-ils). Le clientélisme est la règle.

Le Première S n’est pas forcément un élève sérieux, contrairement à autrefois. On y trouve aussi des cancres et des égarés, qui n’ont embrassé cette filière que pour suivre l’avis parental. Mais même dans ce cas, tu ne pourras pas les inviter à changer d’attitude : c’est à toi de leur faire comprendre et retenir ce qu’ils rechignent à écouter. Pour le dire autrement, l’élève de Première, plus que les autres, pensent qu’il n’a pas à travailler pour obtenir de bonnes notes : c’est au prof de faire en sorte que cela advienne. Donc s’il a de mauvais résultats, ce sera entièrement, pleinement et irrémédiablement de TA faute, jamais de la sienne (une tendance que l’on retrouve à tout âge mais qui s’exacerbe particulièrement en Première).

Les Premières L (littéraires) : l’essence même de la révolte est assise en face de toi. Car depuis quelques années on assiste à une dévalorisation extrême de cette filière, où n’échouent que ceux qui n’ont pu obtenir leur affectation en S ou ES. Rares y siègent les véritables littéraires, épris de belle littérature et de philosophie. De ce fait, le Première L se sent méprisé et développe un grand complexe d’infériorité, qu’il te fait payer cher. On est là en présence d’une belle manifestation de l’individu passif-agressif.


Comme leurs congénères des autres filières, les Premières L veulent être considérés comme des adultes mais n’ont pas la moindre idée de ce qu’est une attitude adulte. Et tu ne saurais leur jeter la pierre : tu as été exactement pareil, ce n’est là qu’un processus d’évolution tout ce qu’il y a de plus normal. Néanmoins, quand tu te retrouves face à ces apprentis Baudelaire peinant à aligner deux phrases sans faute de syntaxe, tu peux avoir tendance à te sentir tel Sisyphe en train de rouler son rocher. Le savoir te permettra de ne pas t’abrutir de Xanax et de considérer tout cela comme parfaitement normal.

Une spécificité des Premières L est leur apathie. Non seulement rien ne les intéresse, pas même les disciplines à fort coefficient, mais ils ne s’exaltent que pour des broutilles, comme la confiscation d’un téléphone portable ou un demi-point qu’ils se sont sûrs de mériter. Les grands problèmes actuels, qu’on pourrait supposer à même d’éveiller leur attention, leur apparaissent barbants. Un certain fatalisme les habite, mais sans le pragmatisme de leurs collègues de S ou de ES. Ils n’ont pas – pour nombre d’entre eux – les compétences langagières suffisantes pour entrer pleinement dans les textes au programme et n’en retirent donc qu’un ennui profond. Celui-ci alimente un spleen indéfectible, qu’ils noient dans diverses substances et/ou dans une activité numérique frénétique.

Ce noir tableau ne doit cependant pas te décourager. Selon les établissements, les années et les modes, tu peux aussi passer de divines heures en compagnie de Premières L motivés, vifs et cultivés. Car oui, cela arrive. Pas tout le temps, pas à tout le monde, mais cela arrive. Et ce Graal doit rester ta ligne d’horizon car « l’espoir est une mémoire qui désire » (Honoré de Balzac) et que « vivre sans espoir, c’est cesser de vivre » (Fiodor Dostoïevski).

Les Premières ES

Avec eux, c’est quitte ou double. On y retrouve tous ceux qui n’ont pas encore réussi à trouver l’esquisse d’une véritable identité et qui obtiennent depuis longtemps de médiocres résultats, mais de manière homogène.

Les classes de Premières ES sont molles ou extrêmement agitées. Il n’y a pas de milieu, sauf exception. Tout dépend des critères de sélection qui ont présidé à l’affectation des élèves dans cette filière. Mais rares sont les profs qui demandent spécifiquement à avoir des classes de ES. D’ailleurs, en la matière, c’est la filière S qui rafle tous les suffrages.

A l’instar des Premières L, eux non plus n’avaient pas envie d’être dans cette filière. Mais ils n’étaient pas complètement nuls en maths. Ils sont cependant moins romantiques que leurs confrères de section littéraire, et n’érigent pas leur mal-être en œuvre vivante. Quand on les regarde d’un œil critique, on voit là une armée de futurs employés dociles et indifférents. Ceci ne veut pas dire qu’ils soient, pour l’heure, forcément dociles. Mais on sent bien que l’adolescence est en cause, et non un véritable ferment de révolutionnaire.

(Crédit photo : pixabay)

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