L’emploi du temps

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Quand tu étais toi-même élève et qu’arrivait le jour de la rentrée, une seule chose t’importait – en dehors du fait de savoir si tu aurais à nouveau la terrible madame Duschmoll en maths – : ton emploi du temps. Hé bien quand tu es prof, c’est pareil. En effet, l’emploi du temps est très important : il conditionne en grande partie la réussite de ton année.

D’abord, tu auras fait des « vœux » en fin d’année. Tu auras par exemple demandé le lundi matin comme demi-journée de libre, si tu as l’habitude de partir en weekend. Ou bien le jeudi après-midi parce que c’est le moment où il y a moins de monde à la piscine. Ou bien tu es un prof consciencieux et tu as demandé à commencer tous les jours à 8 heures parce que tu as remarqué que les élèves étaient plus attentifs le matin.

Chaque établissement a sa propre grille de vœux, il n’est donc pas possible d’indiquer la liste exhaustive des préférences (y compris pédagogiques) à indiquer. Mais si tu es investi et en bons termes avec les chefs, tu devrais en principe obtenir satisfaction, dans la mesure du raisonnable et si cela ne nuit pas à l’intérêt des élèves et du service. Par exemple, n’espère pas regrouper toutes tes heures sur trois jours si tu es à temps plein : trois heures d’affilée en français en 6e, c’est juste inenvisageable. Ni même en 3e d’ailleurs. Au mieux, si tu peux regrouper sur 4 jours, tu es déjà un sacré veinard.

Dans beaucoup d’établissements, il te sera demandé, sur cette fameuse fiche de vœux, quel est le nombre d’heures que tu acceptes de faire par jour, le maximum absolu étant de 7 heures en collège et 9 heures en lycée. Un conseil : ne présume pas de tes forces. S’il peut être tentant de faire plusieurs « grosses journées » à 7 heures de cours et davantage, pour libérer par exemple une journée entière dans la semaine (si tu résides loin de ton affectation, ou si tu préfères corriger par sessions intensives d’une journée), tu réaliseras bien vite que c’est éreintant. Et le bénéfice en sera négligeable : tu seras tellement HS après cette journée (a fortiori bien plus si tu en as deux ou trois du même acabit) que tu te traîneras lamentablement tout le reste de la semaine, incapable de mettre à profit le temps ainsi dégagé. En effet, une journée de sept heures de cours n’a strictement rien à voir avec une durée équivalente au bureau ou sur un chantier. Chaque heure de cours est une performance, où tu dépenses une énergie folle pour capter l’attention de tes élèves tout en ayant l’œil sur tout, et ce en répondant dans la seconde à toutes les questions et remarques impertinentes qui peuvent être formulées, sans oublier de réfléchir en background à la meilleure stratégie pédagogique possible face au déroulement – jamais totalement prévisible – du cours. C’est pourquoi un employé de bureau, après ses 7 heures de travail, a encore la force d’aller faire du sport ou de boire un verre avec ses collègues, tandis qu’un prof dans le même cas n’est plus qu’une loque agonisante qui souhaite dormir durant les cent prochaines années. La comparaison la plus pertinente, à mon avis, est celle d’un chanteur qui ferait sept heures de concert. Car même si parler est moins difficile que de chanter (moins physique), le fait de devoir réfléchir à ce que tu dis pendant des heures est plus coûteux nerveusement. Réfléchis-y donc à deux fois avant de vouloir regrouper tes heures.

 D’après mes observations, la durée idéale est de cinq heures par jour. Cela t’oblige certes à être présent dans l’établissement tous les jours de la semaine, mais tu as encore de l’énergie pour corriger tes copies le soir, pour comprendre quelque chose aux réunions de la pause méridienne ou du soir, et pour assurer un suivi pertinent de tes élèves à tous les niveaux. Après, chacun est différent et ceux qui récupèrent très vite grâce à un sommeil d’excellente qualité verront sans doute les choses différemment. Mais il ne faut pas oublier que la fatigue du prof est avant tout nerveuse, même si le physique entre en ligne de compte également (on est généralement debout une grande partie de la journée, et parler pendant des heures, n’en déplaise à certains, c’est physique). Et la fatigue nerveuse ne se dissout pas si aisément dans le sommeil, fût-il celui du juste. D’où la nécessité vitale des vacances…

Un autre aspect important de l’emploi du temps est le nombre d’heures « de trou ». C’est-à-dire une heure de libre entre deux heures de cours. Certains en demandent, et en profitent pour corriger, faire leurs photocopies, discuter avec les autres personnels éducatifs, etc. D’autres, qui n’arrivent pas à être efficaces dans une salle des profs où il y a toujours du passage – des bavardages, des cas d’élèves à discuter, des interpellations récurrentes – préfèrent éviter ces heures vacantes. Si tu as besoin de silence et de concentration pour corriger, tu peux aussi rester dans ta salle durant ces heures, si toutefois tu as une salle attribuée à l’année (c’est loin d’être le cas partout) et qu’elle n’est pas utilisée pour un autre cours à ce moment-là. On peut aussi profiter d’une journée où l’on finit plus tôt (15h par exemple) pour vaquer aux différentes tâches qui nécessitent d’être dans l’établissement. Chacun a ses préférences, mais le fait d’avoir ces heures vacantes ou non est une donnée qui configure le bien-être au travail de beaucoup de profs. Bien entendu, même si tu as indiqué que tu n’en voulais pas et que tu en as malgré tout 2 ou 3 dans ton emploi du temps, tu ne peux pas crier au scandale : l’intérêt du service et des élèves avant tout ! Mais les chefs d’établissement et leurs adjoints s’efforcent en principe de contenter tout le monde, dans la mesure du possible.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que ton travail ne se limite en aucun cas à tes heures de cours. Donc l’emploi du temps est important en ce sens qu’il conditionne comment et quand tu vas effectuer les autres tâches (voir rubrique « tâches annexes ») inhérentes à ta fonction. En moyenne, il faut compter une dizaine d’heures par semaine au sein de l’établissement pour une partie des tâches autres que d’enseignement pur : réunions diverses et variées, photocopies, dialogues professionnels, intendance (labo, transport d’ouvrages, aménagement de salle, etc), cahier de texte en ligne, et éventuellement corrections et préparations pour ceux qui peuvent le faire sans bibliothèque à disposition ni silence religieux. Cette dizaine d’heures est une moyenne : en REP et REP + c’est un strict minimum, ailleurs ce peut être moins. Plus tu participes à des projets, plus ta présence au sein de l’établissement est requise de manière fréquente. Cela peut donc varier du simple au double en fonction de ton investissement, de ton statut/grade (agrégé, certifié ou contractuel), du contrat d’objectifs[1] de l’établissement, etc. Il faut ajouter à ces heures de tâches annexes les corrections et préparations que l’on fait en général, pour l’essentiel, chez soi.

Dernier point important de l’emploi du temps : la concordance entre tes énergies et celles des élèves. Globalement, un élève lambda est actif et concentré le matin de 9h à 11h. Avant il finit sa nuit, après il a faim. L’après-midi est souvent plus agitée que le matin, et plus on avance dans la journée, plus leur concentration diminue. Le pire du pire étant le vendredi après-midi : les élèves n’en peuvent plus, les profs non plus, l’ambiance est tendue. Dans un monde idéal, on n’aurait donc cours que de 9h à 11h, avec éventuellement une autre session de cours entre 15h et 16h (après la pause digestive, avant la fatigue de fin de journée). N’avoir cours que l’après-midi est donc le gage d’un enseignement sur le fil du rasoir, avec des élèves plus indisciplinés. C’est un élément à ne pas négliger car la pédagogie qui fonctionne le matin sera aussi celle génératrice de stress l’après-midi. Les rythmes biologiques des élèves entrent en ligne de compte quand on fait des vœux…

Un mauvais emploi du temps, qui ne correspond pas à tes vœux, peut te faire passer une très mauvaise année. C’est pourquoi il faut bien réfléchir à tes vœux quand vient le moment de les préciser. On peut avoir la sensation de travailler le double de temps – ou pire, de perdre beaucoup de temps – si l’organisation de la semaine n’est pas compatible avec nos impératifs et méthodes de travail. C’est pourquoi je préconise de conserver de bons rapports avec sa hiérarchie directe, car c’est elle qui est souveraine en la matière.

Dans certains collèges et lycées, l’emploi du temps est donné début juillet, ce qui permet de s’organiser pendant l’été (intéressant quand on a des enfants). Souvent, il n’est distribué que le jour de la pré-rentrée. Comme il change chaque année, ce peut être compliqué de savoir si l’on pourra accompagner nos enfants à telle activité ou pratiquer soi-même telle autre. Une contrainte liée à la difficulté de l’exercice : entre tous les vœux à prendre en compte, les collègues nouvellement nommés fin août, les impératifs pédagogiques, les nouveaux inscrits de dernière minute et autres, les principaux, proviseurs et adjoints se livrent à un véritable casse-tête chinois chaque année pour tenter de faire au mieux. Avec les fins d’année chargées, ils ne peuvent se consacrer aux emplois du temps qu’après que les profs soient en congé, et avant qu’ils reviennent. C’est pourquoi avoir son emploi du temps en juillet relève de l’exception qui confirme la règle.


[1] Chaque établissement secondaire est doté d’un contrat d’objectifs pour une durée de 5 ans. Il s’agit d’indiquer de manière chiffrée les objectifs à atteindre. Il est élaboré en concertation par les représentants des équipes pédagogiques et la direction, puis validé au conseil d’administration en présence de l’IPR. C’est un contrat tripartite entre l’établissement, le conseil départemental ou régional, le rectorat. Plus il est ambitieux, plus les équipes éducatives doivent s’investir pour atteindre les objectifs fixés.

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